Roger Vailland et sa femme Élisabeth

Itinéraire et étapes

Son itinéraire cinématographique peut être découpé en trois grandes périodes :

- Le critique de cinéma à Paris-Midi puis à Cinémonde
- La collaboration avec Louis Daquin (1947-1952)
- Les années 1960 et la collaboration avec Roger Vadim (1960-1963)

Autres collaborations dans les années 1960 : Les Mauvais coups de François Leterrier, adaptation par Roger Vailland de son roman, 1961, La Novice, d'Alberto Lattuada, scénario de Roger Vailland, d'après Guido Piovese, en 1961, Le Jour et l'Heure de René Clément, adaptation et dialogues de Roger Vailland. Neuilly-sur-Seine : Film office éditions, 1998, copie 1962. 1 cassette vidéo (1 h 48 min), 1962, 325.000 francs, adaptation de son roman pour un film de Jean Prat, 1964.

Essentiellement entre ces deux périodes de collaboration, Vailland a continué à écrire des adaptations qui n'ont donné lieu à aucune réalisation concrète, peut-être parce que Vailland n'avait pas trouvé la complétude avec un réalisateur, comme avec Daquin puis Vadim. Plusieurs de ces textes sont conservés dans le fonds Vailland à la médiathèque de Bourg-en-Bresse.

Parcours cinématographique

Roger Vailland a été tour à tour critique de cinéma dans sa jeunesse, scénariste, adaptateur-dialoguiste et a participé à l'adaptation de plusieurs de ses romans. Malgré toutes ses compétences et ses connaissances sur le cinéma, il n'est jamais passé derrière la caméra. Comme critique de cinéma, il a publié des articles dans Paris-Midi puis dans Cinémonde, repris ensuite dans ses Écrits journalistiques (Chronique, tome I) et dans le livre consacré au cinéma des années 1930 publié en 1999 par les Éditions Le Temps des cerises.

Le parcours cinématographique de Roger Vailland s'est fait en plusieurs périodes, avec des temps forts liés à son travail de critique de cinéma à Paris-Midi où il était aussi journaliste, puis à Cinémonde, liés ensuite à sa collaboration avec Louis Daquin dans les années 1947-1952 puis avec Roger Vadim dans les années 1960.

  • Avec Louis Daquin, on peut citer : Les Frères Bouquinquant, d'après Jean Prévost, en 1947, La Grève des mineurs, court métrage, en 1948, Bel Ami, adapté du roman de Maupassant en collaboration avec Vladimir Pozner (1954), œuvre largement censurée. [1]
  • Avec Roger Vadim (1960-1963) : Les liaisons dangereuses, d'après Pierre Choderlos de Laclos, en 1960, Et mourir de plaisir, scénario de Roger Vailland d'après Sheridan Le Fanu La Rose et le Sang, en 1960, Le vice et la vertu, d'après Sade, scénario de Roger Vailland, en 1964,, cassette vidéo René Château vidéo en 1996.
  • Également dans les années 1960 : Les Mauvais coups de François Leterrier, adaptation par Roger Vailland de son roman, 1961, La Novice, d'Alberto Lattuada, scénario de Roger Vailland, d'après Guido Piovese, en 1961, Le Jour et l'Heure de René Clément, adaptation et dialogues de Roger Vailland. Neuilly-sur-Seine : Film office éditions, 1998, copie 1962. 1 cassette vidéo (1 h 48 min), 1962, 325.000 francs, adaptation de son roman pour un film de Jean Prat, 1964.

En 1928-29, Roger Vailland devient pendant plusieurs mois critique de cinéma à Paris-Midi. Déjà en 1928, il envisage une carrière d'assistant réalisateur. Tout jeune, le cinéma qui en est aussi à ses débuts, semble le tenter. En 1959, il ira même jusqu'à dire : « J'ai fait des adaptations, des dialogues, des scénarios; j'aimerais assez maintenant faire le tout. » Mais ce ne seront que des velléités. Pour Roger Vailland, le cinéma n'est pas comme pour son ami Roger Gilbert-Lecomte, « un mode de connaissances, une forme de l'esprit. »

  • En fait, il est surtout intéressé par les aspects sociologiques du cinéma : en 1927 dans une lettre à René Daumal, il lui annonce qu'il va donner une conférence sur le thème 'l'évolution actuelle du cinéma'. Roger Vailland a essentiellement abordé le cinéma avec un regard d'écrivain. En 1929-30, il collabore à la revue Cinémonde, toujours en tant que critique de cinéma. Ce travail de critique, il l'aborde comme un journaliste. Ainsi titre-t-il dans Paris-Midi : 'Une soirée économique : un cinéma à dix sous' ou à Cinémonde : 'Quels sont les mystérieux spectateurs qui fréquentent en semaine les permanents des boulevards ?' Pour présenter un film, il évoque surtout ses impressions de la salle, du public ou des conditions de tournage, interviews les vedettes et s'intéresse au premier film en relief. Le cinéma s'estompe, disparaît peu à peu de sa vie, remplacé par des travaux d'écriture qui ne publie pas.
  • « Rien ne me prédisposait à écrire le scénario et les dialogues du film qu'on allait tirer de Les Frères Bouquinquant. » C'est ainsi qu'il renoue avec le cinéma. Comme tous ceux qui vont suivre, c'est un travail de commande et bâtir un scénario à partir d'un roman est pour lui comme un exercice de style. Dans un document inédit, Éloge de la censure au cinéma, il fait le point sur son rapport au cinéma, note la différence entre la perception du mot et de l'image, « le mot, écrit-il, est plus fort que l'image, il la mange comme un acide. » Il pense qu'il existe une différence de nature entre le roman et le cinéma car « l'auteur exécute d'abord; c'est l'œuvre qui lui révèle son projet. » Il veut rester libre du jeu, seul face à l'écriture et rejette les contraintes du cinéma. À Madeleine Chapsal, il fera cette confidence : « Pour être content du cinéma, il faudrait être en même temps réalisateur, auteur, producteur [...] sinon... c'est du déplacement de capitaux. »

Deux exemples inachevés

Vailland sur le site de l' I N A

Le site de l' I N A propose cinq films ou extraits de films relatifs à Roger Vailland.

Dans trois d’entre eux, Vailland intervient directement :

- Michel Butor et Roger Vailand
(4 décembre 1957)
- Les surréalistes à Montparnasse
(16 septembre 1963)
- Roger Vailland et le communisme
(26 février 1968)

  • Le roman du prisonnier

Parmi tous les projets de films avortés, il en est un dont on possède un scénario déjà élaboré qu'écrivit Roger Vailland avec le cinéaste Pierre Chenal. Ce dernier, réalisateur et ami de Roger Vailland a donné quelques précisions sur ce projet. Il appréciait 'l'acuité' de Vailland qui possédait déjà une expérience avec le scénario du film de "Louis Daquin" Les frères Bouquinquant. Vailland entreprit de bâtir un scénario à partir du roman d'un auteur allemand célèbre dans les années 1930, Hans Fallada, anti-nazi qui mettait souvent en scène les gens du peuple.

Ce roman intitulé en Français Le roman du prisonnier (Wer einmal ans dem Blechnapf frisst) signifie littéralement 'celui qui a bouffé une fois dans la gamelle de fer-blanc. Le thème du livre, assez sombre, brutal même dans le milieu carcéral qu'il décrit, traitre de l'impossible réinsertion d'un homme qui vient de sortir de prison, un homme condamné à la récidive. Le projet prend corps et ils avaient même contacté Jean Genet pour écrire des dialogues plus 'réalistes'. Paradoxalement, le héros du roman est soulagé de son retour en prison, se sentant plus libre dans ce milieu fermé -dur mais protégé- que face à la dure réalité de l'extérieur. Ce qui se dégage de cette vie, c'est un choix inconscient entre la dure sécurité du milieu carcéral et une liberté chèrement acquise à l'extérieur. On retrouvera peu après cette ambiance carcérale dans le livre de Vailland Un jeune homme seul où à la fin, Favart son héros découvre en prison une certaine fraternité qui le mènera au sacrifice.

  • Chambre obscure

L'intérêt de ce projet de scénario datant de 1962 et publié dans Les Cahiers Roger Vailland n° 7 réside surtout dans le personnage de Michèle qui est « une fille moderne, des années twist. » Le scénario la présente plus précisément comme « une sauvage, une bohémienne qui gigote en mini-jupe » mais en même temps fascinée par la société de consommation. Kretchmar son amant lui donne de l'argent pour meubler sa garçonnière et elle en profite, choisit un fauteuil 'relaxing' avec télécommande, un 'cosy corner'... critique d'une société de consommation qu'on retrouve dans "La Truite". Et justement, écrit Alain-Georges Leduc, « La Lucie de La Fête s'est affranchie, Michèle est le parfait trait-d'union entre La Fête et La Truite. » Ici kretchmar le macho va payer et finir par devenir aveugle.

Références bibliographiques

  • Romans adaptés au cinéma : La Loi, de Jules Dassin en 1958 ; Les Mauvais Coups, de François Leterrier, en 1961 ; 325 000 francs, de Jean Prat (téléfilm), en 1964 ; Drôle de Jeu, de Pierre Kast, en 1969 ; Beau Masque, de Bernard Paul, en 1972 ; Un Jeune Homme Seul, de Jean Mailland (téléfilm), en 1974 ; La Truite, de Joseph Losey, en 1982.
  • Les projets non réalisés :
    • Des adaptations inachevées conservées à la médiathèque de Bourg-en-Bresse : The rescue d'après Conrad ou avec Pierre Kast La saison chaude de Saint-Germain-des-Prés.
    • Le Roman du Prisonnier, d’après Hans Fallada, projet avec le réalisateur Pierre Chenal, dialogue de Jean Genet (voir ci-dessus), et Vacances à la mer en 1949;
    • El Desdichado en 1950, Le parricide en 1951 : texte publié dans Roger Vailland N’aimer que ce qui n’a pas de prix; Quatrevingt treize, d'après Victor Hugo et Le bonheur se gagne tous les jours, avec Jorge Semprun en 1952;
    • La capitale s'appelle Varsovie en 1953, texte publié dans Roger Vailland : N’aimer que ce qui n’a pas de prix;
    • Charette, en 1960, texte dactylographié conservé à la Médiathèque E. & R. Vailland de Bourg–en–Bresse;
    • Chambre obscure, en 1962, texte publié dans les Cahiers Roger Vailland no 7 de juin 1997.
  • "Le cinéma et l'envers du cinéma dans les années trente", de Roger Vailland, Éditions Le Temps des Cerises, Collection Cahiers Roger Vailland, 1999
  • "Nouvelles réflexions sur le cinéma", de Roger Vailland : Les Cahiers Roger Vailland no 7, dossier : Roger Vailland et l’image, juin 1997
  • Vailland et le cinéma : Roger Vailland et le cinéma
  • Vailland et le cinéma : Serge Toubiana
  • Roger Vailland, un homme encombrant ?, Alain-Georges Leduc, Chapitre sur "Vailland et le cinéma" pages 210 à 220
  • Le cinéma, autre forme du métier d'écrivain, Alain et Odette Virmaux, revue Europe, 1988
  • Roger Vailland et le cinéma : une liaison dangereuse ? article de Samuel Lachize, site Roger Vailland

Les Mauvais Coups Simone Signoret dans Les Mauvais coups

Filmographie

  • 1948 : Appel à Jenny Merveille, pièce radiophonique, France-Illustration no 23, novembre 1948
  • 1954 : Bel-Ami, en collaboration avec Vladimir Pozner, d'après Maupassant, réalisation Louis Daquin.
  • 1954 : Batailles pour l'Humanité, spectacle présenté au Vélodrome d'Hiver
  • 1960 : Et mourir de plaisir de Roger Vadim, scénario de Roger Vailland
  • 1959 : La Loi de Jules Dassin, d'après le roman de Roger Vailland. Evreux : Éditions Atlas, 1998, copie 1959. 1 cassette vidéo (1 h 58 min)
  • 1960 : Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim, adaptation du roman de Choderlos de Laclos et dialogues de Roger Vailland. Boulogne-Billancourt : Régie cassette vidéo, 2001, copie 1959. 1 DVD vidéo monoface zone 2 (1 h 42 min), publié aux éditions Julliard
  • 1961 : Les Mauvais coups de François Leterrier, adaptation par Roger Vailland de son roman
  • 1961 : La Novice, d'Alberto Lattuada, scénario de Roger Vailland
  • 1962 : Le Jour et l'Heure de René Clément, adaptation et dialogues de Roger Vailland. Neuilly-sur-Seine : Film office éditions, 1998, copie 1962. 1 cassette vidéo (1 h 48 min)
  • 1963 : Le Vice et la vertu de Roger Vadim, scénario de Roger Vailland. Courbevoie : René Château vidéo, 1996, copie 1963. 1 cassette vidéo (1 h 33 min)
  • 1964 : 325.000 francs, adaptation de son roman pour un film de Jean Prat

Notes et références

[1] Voir France culture : Bel Ami

<> • • Christian Broussas • Vailland & le cinéma • °° © CJB  °° • • août 2011 <>