Libertinage et tragique dans l'œuvre de Vailland est un ouvrage sur la vie et l'œuvre de l'écrivain Roger Vailland écrit par le professeur et critique littéraire Michel Picard paru chez Hachette en 1972.

Libertinage Et Tragique Dans L'oeuvre De Roger Vailland de Michel Picard

On est parfois l'otage d'une attitude que l'on se compose. Que de vertueux ou de libertins asservis à leur réputation.
(Louis Nucéra : Chemin de la lanterne)

Référence : Michel Picard, "Libertinage et tragique dans l'œuvre de Vailland", éditions Hachette, 1972, 653 pages

Présentation

SOMMAIRE
  1. La donne : mère, famille histoire et société
  2. Le défi : libertin au regard froid, l'homme de cœur, le bolchevik
  3. Le jeu : la duchesse, la séduction, adieu 'a libera', l'acteur et les règles du jeu, figures du libertinage
  4. Le perdant : les épreuves, le jugement, la loi, les limbes
  5. Monsieur Juan : un souverain, Léone ou Leporella, les fêtes, un certain plaisir
  6. Le commandeur : la statue, la femme noire

Cet ouvrage est né de la thèse qu'a consacré Michel Picard à la portée de l'œuvre de Roger Vailland en 1971, soit six ans après sa mort. Il analyse cette œuvre multiple où romans, essais et textes plus personnels1 font écho les uns les autres pour nous renvoyer une vision globale de ses écrits.

Le titre est lui-même révélateur du travail de recherche de Michel Picard2 : Libertinage et tragique se mêlent dans la vie et dans l'œuvre de Vailland, au point qu'il est parfois difficile de faire la part des choses, avec selon les périodes, la 'saison' qu'il vit, la prééminence de l'une ou de l'autre de ces deux tendances.

Contenu et résumé

Roger Vailland a traversé plusieurs périodes fort différentes dans sa vie, on peur même dire qu'il a connu plusieurs vie que dans son Journal, il appelle ses saisons. Du temps du Surréalisme à l'homme apparemment rangé, petit 'hobereau' communiste puis libertin de Meillonnas, village du Revermont bressan de ses dernières années, que de choses se sont passées dans sa vie. Une vie finalement comme il la voulait, assez courte puisqu'il a été emporté à 57 ans par un cancer, mais riche en événements et en rebondissements.

Il vivra une histoire de passion amoureuse avec celle qu'il appelle Boule, Andrée Blavette, celle qui sera "B" dans Drôle de jeu puis Roberte dans Les Mauvais coups. Chanteuse de cabaret, ce n'était pas vraiment ce genre femme à laquelle pensait sa famille bourgeoise, avec un mariage quelque peu provocateur imposé à cette famille. Une "anti mère" en quelque sorte, hors de la soumission d'un homme, telle qu'il se la représentait dans son univers intérieur. A Paris, après leur mariage après la présentation officielle à sa famille, les jeunes mariés mènent une vie d'oiseaux de nuit au Poisson d'or et dans d'autres boîtes avec des amis comme Joseph Kessel. C'est l'époque où Vailland joue au dandy, travaille le jour comme journaliste et vit la nuit dans la facilité et l'insouciance. La drogue devient peu à peu leur quotidien, mêlant une approche onirique et la sensation de danger devant le risque qu'ils encourent. La drogue semble aussi comme une protection contre ce monde qu'il juge pernicieux, un peu comme le ferait une mère.

Instable, rejetant ce métier qui lui prend son temps, sans résidence fixe, il vit alors en marge, échouant au Vésinet dans la tribu bohème de Boule. Il vit en vase clos ne s'intéressant guère à ce qui se passe autour de lui, assez pessimiste sur son avenir, un 'jeune homme seul', titre qu'il donnera à l'un de ses romans paru en 1951. Il faudra l'émergence du Front populaire pour lui redonner quelque espoir vite déçu par la tournure des péripéties politiques. Il faudra attendre son revirement de 1942 et entrée dans la Résistance pour que se produise la rupture qu'il attendait et débuter ainsi une 'nouvelle saison'.

Vailland résistant certes mais aussi aventurier dans cette épopée voulue d'abord comme une rupture contre ce pessimisme qui le submerge pendant toute la période de la "Drôle de guerre". Résister, c'est exercer "sa faculté d'irrespect", singularité éminemment française pense-t-il, mais aussi exercer sa liberté, être libre penseur, être libertin autour des grandes figures que sont pour lui les grandes figures du 18è siècle que sont le marquis de Sade, Laclos, Stendhal ou Bernis. Après le processus d'exclusion qui le poursuit, d'abord celle du mouvement surréaliste sur intervention d'André Breton et de Louis Aragon, en marge de la société comme le sera Eugène-Marie Favard, ce 'jeune homme seul' , vient le temps de la participation, de la fusion dans le groupe, qu'il vivra dans son mouvement de Résistance puis dans la mouvance du Parti Communiste avant d'y adhérer en 1951.

La Résistance est aussi l'espoir de participer à la Révolution, celle qui renversera l'ordre bourgeois comme l'espéraient beaucoup de surréalistes, et les communistes en étaient le fer de lance. Son personnage de Drôle de Je, Marat-Lamballe est ainsi le symbole de la contradiction voulue par Vailland, Jean-Paul Marat le révolutionnaire pur et dur et le Prince de Lamballe son contemporain, type du grand libertin, mêmes faces du passé et de l'avenir. Ainsi à travers ce personnage double se crée pour Vailland cette double réalité d'un homme ambivalent, accompli comme lui par sa participation à la Résistance mais qui tarde à trouver sa place dans la société une fois la paix revenue comme il montre dans le roman suivant Bon pied bon œilMarat-Lamballe ne peut rien contre la farouche volonté du jeune communiste Rodrigue.

Bibliographie

Sur le contenu de l'ouvrage
  • "Vailland, esquisse pour la psychanalyse d'un libertin", Jean Recanati, Éditions Buchet-Chastel, 1971
  • Correspondance, Lettres de Roger Gilbert-Lecomte à Roger Vailland", Éditions Gallimard, 1971
  • Le héros chez Vailland, Marc Le Monnier, Université de Caen
  • Les écrivains en personne, interview de Roger Vailland, Éditions Julliard, 1960
  • Vailland, l'homme et l'œuvre, Michel Picard, revue "Europe", 1988
Sur l'auteur
  • Lecture De Roger Vailland, Colloque De Reims, sous la direction de Michel Picard, novembre 1987, publié aux éditions Klincksieck en janvier 1990, 233 pages, isbn 0225227061
  • La cata, Éditions Buchet/Chastel, 256 pages, février 2009, isbn 9782283023761
  • Nodier: La Fee Aux Miettes : Loup Y Es-Tu , éditions des Presses Universitaires de France, janvier 1992, 126 pages, isbn 213044699X
Sur la littérature 
  • La Lecture Comme Jeu: essai sur La littérature, Éditions de Minuit, janvier 1986, 319 pages, isbn 2707310824
  • La Lecture Littéraire, Actes Du Colloque de Reims, juin 1984, éditions Clancier-Guâenaud, janvier 1987, 328 pages, isbn 2862151165
  • Comment La Littérature agit-elle ?, Colloque De Reims, mai 1992, publié aux éditions Klincksieck en janvier 1994, 238 pages, isbn 2252029765
  • La littérature et la mort, éditions des Presses Universitaires de France, janvier 1995, 193 pages, isbn 2130473296

Notes et références

  1. Surtout depuis la publication en 1968 des Écrits intimes
  2. Michel Picard vit à Nancy. Il a soutenu, peu après 1968, sa thèse sur Roger Vailland. Professeur d’université, il a publié des ouvrages de critique littéraire particulièrement prisés : La lecture comme jeu (1986), Lire le temps (1989), Comment la littérature agit-elle ? (1992).

  <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - août 2011 - <<<<<<<<<<<<<< © • cjb • © <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<