Roger Vailland : homme complexe et plein de contradictions, difficiles à définir, à circonscrire donc. Yves Courrière ne ménage pas sa peine, reprenant pas à pas le parcours tortueux de l'écrivain, son adolescence à Reims où son père géomètre s'installe après la Première guerre mondiale pour participer à la reconstruction de la ville en grande partie détruite par la guerre et les premiers essais d'écriture dans le mouvement surréaliste Le Grand jeu dont il est l'un des animateurs.

L'entre-deux-guerres est pour lui une période difficile, il se cherche essayant en vain d'écrire le grand roman qui le fera sortir de l'anonymat. Comme journaliste, il écrit beaucoup d'articles et aussi quelques romans-feuilletons, deux en particulier La Visirova [1] et Cortès [2] qui seront publiés sous forme de romans à titre posthume.

Pendant la guerre, il entre dans la résistance et participe activement à un réseau de renseignements dont il reprendra des éléments pour écrire le roman qui va enfin le révéler : Drôle de jeu publié en 1945 et qui obtiendra le Prix Interallié. [3] Il devient 'écrivain à temps plein' sans abandonner pour autant ses activités de journaliste. Ces dernières ont une grande importance puisque c'est à elles et à ses reportages qu'il devra d'écrire ses deux plus importants romans de sa 'période communiste' : Beau Masque, un combat ouvrier dans une région qu'il connaît bien, où il s'est installé, la vallée de l'Albarine dans le département de l'Ain [4] puis l'année suivante 325.000 francs, l'histoire de la condition ouvrière dans la région d'Oyonnax, toujours dans l'Ain, la capitale de la matière plastique. [5]

Ses relations avec le cinéma ont été constantes et conflictuelles. [6] Tout jeune journaliste à la fin des années vingt, il est un moment critique de cinéma dans son journal Paris-Midi et écrit aussi pour d'autres publications comme Cinémonde. [7] Ensuite, deux grandes périodes vont se succéder. D'abord sa collaboration avec Louis Daquin avec les scénarios des œuvres suivantes : Les Frères Bouquinquant d'après Jean Prévost en 1947, Le Point du jour et La grève des mineurs l'année suivante, Bel ami, d'après Maupassant en 1952, censurée dans un premier temps et Quatrevingt treize d'après Victor Hugo, qui ne sera jamais réalisée. Ensuite, celle avec Roger Vadim entre 1960 et 1963 : Les liaisons dangereuses d'après Laclos, Et mourir de plaisir d'après Sheridan Le Fanu et Le vice et la vertu d'après Sade. Pendant sa 'saison communiste', Roger Vailland écrit quatre romans, une pièce de théâtre, deux essais et voyage beaucoup, en particulier en Égypte et en Indonésie d'où il tirera des récits. (Voir sur cette période son cycle sur L'Homme nouveau)

Les années soixante seront marquées par par une profonde réflexion, une remise en cause après sa rupture d'avec le Parti communiste, même si elle s'est faite progressivement. Il met de l'ordre dans ses pensées et dans ses essais en les reprenant pour en réaliser un recueil qui paraîtra en 1963 sous le titre Le Regard froid. Mais le fond de sa pensée ne change pas. On le voit en particulier avec l'ouvrage qu'il consacre à Suétone et à son livre sur Les douze césars en 1962 où il dénonce les dérives des dictatures et donc de la dictature stalinienne, ainsi que dans son dernier roman La Truite où il dénonce la société capitaliste et ses dérives financières.

Bibliographie d'Yves Courrière

  • La guerre d'Algérie (4 tomes) : les fils de la Toussaint, Le temps des léopards, L'heure des colonels, Les feux du désespoir, Éditions Fayard
  • Joseph Kessel ou Sur la piste du lion, Plon, 1985
  • Le roman des hauts de Sait-Jean, Fayard, 1974
  • L'auteur et ses masques, article sur Roger Vailland paru dans Le Magazine littéraire, décembre 1991

Œuvres de Roger Vailland (dans le contexte de cet ouvrage)

  • Roger Vailland, Biographie, Élisabeth Vailland et René Ballet, Éditions Pierre Seghers, 1973
  • Drôle de vie, Élisabeth Vailland, Jean-Claude Lattès, 1984
  • Les saisons de Rogr Vailland, François Bott, Éditions Bernard Grasset, 1969
  • Le Grand Jeu, tomes I et II, Michel Randon, Éditions Denoël, 1970
  • Esquisse pour la sychanalyse d'un libertin, Jean Recanati, Éditions Buchet-Chastel, 1971
  • Libertinage et tragique dans l'ouevre de Vailland, Michel Picard, édition Hachette, 1972

Voir aussi

  • La transparence et le masque, Max Chaleil, revue Europe, 1988
  • Roger Vailland un homme encombrant,, Alain-Georges Leduc, éditions L'Harmattan, 2008

Articles

  • Lecture de Roger Vailland, Colloque de Reims, Bibliothèque du XXème siècle, 1990, 233p
  • Le magazine littéraire n°294, Un drôle de jeu par Jacques-Francis Rolland, 1991
  • Revue Entretiens n°29, sur Roger Vailland, 1970
  • Roman 20/50, revue d'étude sur les romans du 20ème siècle : Roger Vailland, étude de "Drôle de jeu", de "325.000 francs" et "La truite" , sous la direction de Marie-Thérèse Eychart, n°35, juin 2003
  • Cahiers Roger Vailland n°1, article intitulé : Action, libération : un drôle de jeu, 12/1994
  • Joueur impénitent, article de René Ballet, Les Lettres Françaises, septembre 2005
  • Le vêtement féminin dans les romans de Roger Vailland, Élizabeth Legros, 2008, site Roger Vailland, Femmes vêtues de mots
  • Quel roman français de la guerre en 1945 ? Le cas de Drôle de jeu de Roger Vailland, communication de Clément Sigalas, site Roger Vailland

Références 

[1] Voir La visirova, paraît en feuilleton en 1933, édition Paris Messidor, 199 p, 1986

[2] Voir Cortès, le conquérant de l'Eldorado, paraît en feuilleton en 1941, édition Paris Messidor, 215 p, 1992

[3] Voir Drôle de jeu, Prix Interallié, Éditions Corrêa, Paris, 1945

[4] Voir Beau masque, Éditions Gallimard, Paris, 1954, 335 pages

[5] Voir 325 000 francs, Éditions Corrêa, Paris, 1955, 264 p, réédité chez Buchet-Chastel en 2003

[6] Voir Nouvelles réflexions sur le cinéma de Roger Vailland : "Les Cahiers Roger Vailland numéro 7", dossier : Roger Vailland et l’image, juin 1997

[7] Voir Le cinéma et l'envers du cinéma dans les années trente de Roger Vailland, Éditions Le Temps des Cerises, Collection Cahiers Roger Vailland, 1999

  <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<< Christian Broussas - Feyzin - août 2011 - <<<<<<<<<<<<<< © • cjb • © <<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<<